Les CFQ sont un organisme autonome sans but lucratif, apolitique, regroupant les femmes tant du milieu rural qu'urbain, sans distinction de condition sociale, voué à l'amélioration des conditions de vie de la femme et de la famille ainsi qu'à la transmission du patrimoine culturel et artisanal.
Est-ce possible de jumeler deux passions : le tissage du grain d'orge et le point de croix? Pourquoi pas! La technique du grain d'orge offre une belle opportunité car elle ressemble de très près à la toile aïda commerciale qui sert à la broderie du point de croix entre autres.
Ajoutons de la toile en lisières pour les renforcir. Revoyons la technique du grain d'orge. Le premier article donnait un passage en lisses (lames) qui était un chevron pour permettre de jumeler gaufré et grain d'orge. Cette fois-ci, employons le véritable passage en lisses de grain d'orge 10/10.
La toile se retrouve sur deux cadres de lames, soit 1 et 4, tandis que les motifs se feront sur les cadres du milieu soit 2 et 3. Ainsi nous travaillerons un motif avec la combinaison suivante : 1-2-1-2-1 ou 4-3-4-3-4 permettant lors du tissage de la toile de faire travailler le cadre 1 (1-3) marchure impaire et le cadre 4 dans 2-4 marchure paire. Lorsque deux cadres voisins sont actionnés soit 1-2 ou 3-4, nous formons automatiquement une sorte d'ajour comme on le retrouve avec la toile aïda.
Différentes fibres conviennent bien à ce type de tissu : coton, acrylique, polyester, mélange coton lin, etc. Notez que nous tissons une toile à compte carré, la même fibre est employée au montage et au tissage.
Il importe de choisir la grosseur de la fibre avec la bonne densité du ros : exemple une fibre 2/8 demande idéalement une densité de 20 fils au pouce (ros 10 : 2 fils/peu) et une fibre de grosseur 2/16 demande une densité de 30 fils au pouces (ros 15 : 2 fils/peu).
Pour le montage, prévoyez un multiple impair de 5 fils tout en gardant une dizaine de fils pour chaque bordure de toile afin de conserver la solidité de la pièce de chaque côté.
| B | A | |||||||||||||||||
|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|
| x 5 | x 1 | x votre choix | x 5 | |||||||||||||||
| 4 | 4 | 4 | 4 | 4 | ||||||||||||||
| 3 | 3 | |||||||||||||||||
| 2 | 2 | 2 | 2 | |||||||||||||||
| 1 | 1 | 1 | 1 | 1 | 1 | 1 | 1 | |||||||||||
Passons au tissage avec une trame identique à la chaîne.
Toile : 1-3 et 2-4.
Petite bordure avant la bande ajourée : 1-2, 2-3, 3-4, 1-4, répéter 2 fois avec une couleur contrastante.
Bande de grain d'orge ajour : 1-3, 3-4, 1-3, 3-4, 1-3 suivi de 2-4, 1-2, 2-4, 1-2, 2-4, répéter de la largeur voulue.
Terminer par la première série de motif, pour un nombre impair, et la petite bordure de couleur contrastante.
Toile : 1-3 et 2-4 pour l'ourlet.
Motif de base : 1-3, 4, 1-3, suivi de 2-4, 1, 2-4, répéter aussi longtemps que désiré.
Petite bordure : 1-2, 2-3, 3-4, 1-4, 3-4, 2-3, 1-2.
Bande ajourée : 1-3, 3-4, 1-3, 3-4, 1-3, suivi de 2-4, 1-2, 2-4, 1-2, 2-4, répéter de la largeur voulue.
Choisir un motif dont la grille convient au nombre de grain d'orge de la bande ajour, employer un fil de même texture que la chaîne et la trame, c'est-à-dire du coton si on a employé du coton pour un meilleur résultat peu importe la teinte.
Il se travaille habituellement en rangées d'abord de droite à gauche pour la première partie inclinée puis en revenant de gauche à droite pour compléter la croix. Nous obtiendrons des lignes horizontales au dos de l'ouvrage. On peut aussi le travailler de bas en haut pour revenir dans le sens inverse ce qui donne des lignes verticales. Il importe de conserver la même façon de travailler et de bien vérifier l'inclinaison des diagonales pour conserver la même brillance des fils sous la lumière.
Sortir l'aiguille sur la ligne du bas à droite de la croix et piquer dans le haut de la même ligne, en prenant un point à travers le tissu dans l'orifice jusqu'à la ligne du bas à gauche. Continuer ainsi jusqu'à la fin de la rangée et pour la rangée de retour, compléter l'autre moitié de la croix.
Pour la rangée de retour, compléter l'autre moitié de la croix en piquant toujours dans les mêmes orifices.
Auteure : Jeannette Hamel Bellefeuille
Merci spécial aux artisanes
qui ont accepté de nous faire partager leurs habiletés.
La toile Aïda est un tissu manufacturé qui constitue le support principal pour la broderie comptée, technique sur laquelle se base le point de croix. Techniquement, son armure n'est pas une toile mais une petite œuvre qui crée une grille avec de petits orifices qui facilitent la broderie, voici la même texture que nous venons de tisser dans notre bande de grain d'orge ajour.
Le nom est accompagné par un numéro qui indique la grosseur des carreaux. Cette valeur diffère selon le système de mesure employé dans chaque pays où la toile est fabriquée. Dans le système métrique, on parle de carreaux pour 10 centimètres. Dans le système anglo-saxon, on emploie le « Count » qui représente le nombre de carreaux au pouce.
Qui eut l'idée le premier de croiser 2 fils, puis d'aligner toutes ces petites croix pour former un dessin? Les fragments les plus anciens datent de 850 après J.C. et viennent d'Asie centrale. Mais c'est au Moyen Âge que commence la véritable histoire du point de croix. Il est prouvé qu'entre le Xe et le XIIIe siècle les châtelaines, dans leurs attentes interminables, copiaient au point de croix les motifs des tapis que leurs époux, entre 2 croisades, ramenaient d'Orient. Les broderies étaient des bordures ornementales, naturellement géométriques, des ourlets et des manches de vêtements masculins et féminins.
A l'époque de la Renaissance, le point de croix se répand dans tout l'Europe et devient une des bases de l'éducation féminine, favorisée par l'Église, grande consommatrice pour ses propres ornements, de broderies en tous genres. C'est alors que naît le sampler ou marquoir, un morceau de tissu sur lequel les jeunes filles s'exercent à broder des grecques, des fleurs et des symboles religieux. Les marquoirs restent dans le patrimoine familial de génération en génération, s'accumulent et finissent par former de véritables encyclopédies que l'on consulte pour trouver le motif le plus adapté au travail du moment.
Le plus souvent en lin, ils sont brodés avec des fils de soie ou de laine, ton sur ton, le coton étant encore très rare en Europe et les couleurs très peu nombreuses dans le commerce. Les dessins sont disposés au hasard et les samplers n'ont pas encore cet aspect de tableau qu'ils auront par la suite.
En 1500 commencent à circuler les premiers schémas imprimés. Ils viennent essentiellement d'Allemagne et d'Italie, et en 1586, on publie en France La clef des champs, un livret contenant des motifs de fleurs et d'animaux stylisés s'inspirant de l'Orient et des symboles héraldiques.
Au XVIIe siècle, éclate la « révolution rouge », provoquée par l'arrivée en Europe, provenant d'Amérique, de nouveaux colorants naturels, économiques et faciles à utiliser, qui permettent de teindre les fils en rouge. Toutes les broderies au point de croix deviennent alors rouges sur fond blanc. Les femmes commencent à apprendre à écrire et le marquoir, avec un, deux, trois, jusqu'à 6 alphabets différents, est une manière de s'exercer. Autour des lettres, des fleurs et surtout des symboles sacrés bien agencés : le marquoir commence à prendre une forme de tableau.
Au XVIIIe, les dessins s'affinent et se compliquent, moins stylisés mais plus réalistes, et dans la deuxième moitié du siècle les premiers paysages apparaissent.
Au XIXe siècle, favorisé par le développement de l'industrie textile et de la diffusion des journaux féminins et surtout des schémas colorés à la main sur une base quadrillée, le point de croix devient la passion du siècle, matière enseignée dans les écoles et passe-temps des femmes de tous âges et de toutes classes.
Pour la première fois, on produit les canevas Pénélope qui avec leur trame particulière incitent à broder aussi à petit et demi-point. En 1886, Thérèse de Dillmont, aristocrate viennoise, déjà membre de l'Académie de la Broderie de l'impératrice Marie-Thérèse, et fondatrice d'une école de broderie, s'associe à Jean Dollfus, grand industriel du textile, dont la maison DMC est arrivée intacte jusqu'à nous. Traduite en 17 langues, l'encyclopédie de Thérèse se vend à 2 millions d'exemplaires. Mais la fin du siècle marque aussi la fin du point de croix.
Source :
Extrait de L'encyclopédie du point de croix
Prima Donna Éditions